« Il y a un potentiel de hausse dans la couverture publicitaire au-delà de 20% des requêtes. Gemini permet de monétiser des recherches plus longues et plus complexes que nous ne pouvions pas adresser avant. »
Ces mots sont de Philipp Schindler, directeur commercial d’Alphabet, lors de l’appel aux investisseurs du premier trimestre 2026. Ils n’ont pas fait l’objet d’un communiqué de presse. Ils résument pourtant la logique que Google applique depuis dix-huit mois pour préparer la publicité dans Gemini.
Le scénario est plus précis qu’il n’y paraît. Google ne va pas ouvrir Gemini aux annonceurs du jour au lendemain. Il a ouvert une première porte en 2025 : AI Mode dans Google Search. La deuxième porte, celle de l’application Gemini, suit le même schéma. Ce qui se teste aujourd’hui dans AI Mode donnera les formats, les règles et les garde-fous de demain dans Gemini.
Un démenti public, des briefings privés
En décembre 2025, Adweek publie une information exclusive : des représentants Google ont indiqué à au moins deux clients annonceurs, lors d’appels séparés, que des placements publicitaires dans Gemini sont prévus pour 2026. Quelques heures après la publication, Dan Taylor, vice-président de Google Ads, dément publiquement. « Il n’y a pas de publicités dans l’application Gemini et il n’y a pas de plans actuels pour changer cela. »
Le démenti ne résout pas la tension entre les deux versions. Il illustre la position inconfortable de Google : expliquer aux annonceurs les opportunités à venir sans déclencher une réaction négative des utilisateurs avant que les formats soient prêts.
Au premier trimestre 2026, Schindler adopte un registre plus ouvert. Il ne promet pas de date. Il reconnaît que la monétisation de Gemini est « en cours d’évaluation » et qu’AI Mode constitue le terrain d’expérimentation prioritaire. La distinction compte : AI Mode est une fonctionnalité de Search, pas une application autonome. Les utilisateurs qui s’y retrouvent face à une publicité restent dans l’environnement Google Search qu’ils connaissent.
AI Mode : le laboratoire qui fixe les règles de demain
Google AI Mode a été lancé en mai 2025 aux États-Unis. En moins d’un an, il atteint 75 millions d’utilisateurs actifs quotidiens et dépasse le milliard de requêtes mensuelles, selon Nick Fox, vice-président Search de Google. La vitesse d’adoption est inédite dans l’histoire du moteur de recherche.
Les données publicitaires qui en ressortent sont précises. En janvier 2025, des publicités apparaissaient dans environ 3% des résultats générés par l’IA. En mars 2026, ce chiffre atteint 25,5% des SERPs AI Mode (Digital Applied, 2026). La progression représente une hausse de 394% en quatorze mois. En novembre 2025, le taux avait même temporairement dépassé 40% sur les requêtes commerciales, avant que Google ne recalibre le curseur début 2026.
Ce recalibrage est un signal utile pour les annonceurs. Google ne maximise pas mécaniquement la densité publicitaire. Il cherche un équilibre entre revenus, expérience utilisateur et confiance dans les résultats IA. Le même équilibre s’appliquera dans Gemini.
Ce que les formats actuels révèlent sur la direction prise
Dans AI Mode, les publicités apparaissent sous les réponses générées par l’IA. L’emplacement n’est pas dominant par design : il laisse la réponse IA perçue comme neutre tout en monétisant l’intention commerciale détectée dans la requête.
Schindler a mis en avant un résultat concret au Q1 2026 : le déploiement de Gemini dans l’infrastructure publicitaire de Google a amélioré la pertinence des annonces de près de 10%. Cela concerne notamment Discover et Maps, deux surfaces où l’intention d’achat est forte mais moins explicite que dans Search classique. Le même moteur de pertinence s’appliquera aux formats Gemini.
La question du format dans l’application Gemini elle-même reste ouverte. L’abonnement Google AI Pro à 20 dollars par mois offre une version sans publicité. Ce positionnement indique que Google envisage un modèle à deux niveaux : version gratuite avec publicité ciblée, version payante sans. Spotify, YouTube et LinkedIn ont normalisé exactement ce schéma.
| Surface | Statut ads | Volume utilisateurs | Format actuel |
|---|---|---|---|
| AI Overviews (Search) | Actif | 48% des requêtes Search | Annonces sous la réponse IA |
| AI Mode (Search) | En test actif | 75M DAU / 1Md requêtes/mois | 25,5% des résultats incluent une pub |
| Application Gemini | En évaluation | 750M MAU (fin 2025) | Non défini, modèle freemium pressenti |
| Google Maps | Extension Gemini confirmée 2026 | 2 milliards MAU | Ads pertinence +10% via Gemini |
Les 750 millions d’utilisateurs de Gemini changent le calcul
Gemini avait 350 millions d’utilisateurs actifs mensuels en mars 2025. Neuf mois plus tard, ce chiffre dépasse 750 millions, ce qui positionne Gemini comme la deuxième plateforme IA grand public derrière ChatGPT, avec l’avantage d’être intégré nativement dans Android, Chrome et Google Workspace.
Pour un annonceur, cette audience a une caractéristique que Search n’a pas toujours : les requêtes dans Gemini sont plus longues, plus contextualisées, plus conversationnelles. Schindler l’a formulé clairement au Q1 2026 : ces interactions permettent de mieux comprendre l’intention et d’adresser des signaux commerciaux que les requêtes courtes de Search ne capturent pas. C’est une expansion du marché adressable, pas seulement une migration de format.
Google a généré 1,2 milliard de dollars de revenus via les abonnements Gemini en 2025. C’est significatif mais marginal face aux 63 milliards de dollars de revenus Search du seul Q4 2025. Le levier publicitaire dans Gemini représente une opportunité de diversification que Google ne peut pas ignorer longtemps.
Ce que les annonceurs doivent préparer maintenant
Attendre l’annonce officielle serait une erreur de timing. Les formats Gemini seront vraisemblablement des extensions de ceux testés en AI Mode. Les annonceurs qui ont déjà structuré leurs campagnes Search pour apparaître dans AI Mode auront un avantage technique et un historique de données.
La qualité du flux produit et des assets créatifs compte en premier. En 2025, Google a enregistré une multiplication par 3 des assets générés par Gemini dans les campagnes Performance Max. En Q4 2025, Gemini a généré près de 70 millions d’assets créatifs pour les annonceurs. La valeur des campagnes dépendra de la richesse du catalogue et de la précision des données structurées.
La mesure pose un problème structurel. Dans AI Mode, 93% des sessions se terminent sans clic sortant. Le modèle d’attribution au clic montre ses limites face aux interactions conversationnelles. Les annonceurs qui investissent maintenant dans les modèles basés sur les conversions et les données first-party seront moins exposés à cette friction.
Le ciblage contextuel reprend aussi de l’importance. Gemini traite des requêtes complexes sur des sujets que les mots-clés courts ne permettaient pas d’adresser efficacement : santé, finance, projets d’achat à long cycle. Des verticals entiers vont devenir accessibles avec une précision qu’AI Mode est en train de calibrer.
Google a ouvert la première porte en testant les publicités dans AI Mode. La deuxième porte, celle de Gemini, suit le même couloir. La question n’est pas de savoir si elle s’ouvrira mais à quelle vitesse les annonceurs auront préparé leurs campagnes pour la franchir.
