En décembre 2024, Meta a publié sur engineering.fb.com les données techniques d’Andromeda, son nouveau moteur de retrieval publicitaire. Le chiffre qui résume tout : +22% de ROAS pour les annonceurs adoptant Advantage+ Creative. Le ciblage large surpasse le lookalike de 49% en ROAS. Ces données sont officielles, vérifiables, et contredisent ce que la majorité des annonceurs français pratiquent encore aujourd’hui.
Le problème n’est pas le budget. Pas le pixel non plus. La plupart des comptes sont optimisés pour un Meta qui n’existe plus depuis octobre 2025.
Ce qu’Andromeda a réellement changé dans le moteur publicitaire
Andromeda n’est pas une mise à jour de l’algorithme de diffusion. C’est une refonte du système de retrieval, le mécanisme qui décide quelles annonces sont candidates à être montrées à quel utilisateur avant même l’étape d’enchère. Meta l’a déployé mondialement en octobre 2025.
Les chiffres publiés par l’équipe ingénierie de Meta le 2 décembre 2024 donnent l’ampleur du changement : capacité du modèle multipliée par 10 000, extraction de features 100 fois plus rapide, amélioration de 6% du recall sur le retrieval. Plus d’un million d’annonceurs ont créé plus de 15 millions d’annonces en un mois avec les outils GenAI associés.
L’ancien système cherchait « quelle audience correspond à cette annonce ». Le nouveau cherche « quelle annonce, parmi toutes les créas disponibles, va le mieux résonner avec cet utilisateur à cet instant précis ». Le signal de ciblage est désormais dans la créa, pas dans le segment d’audience.
Meta l’a formulé dans sa mise à jour de mars 2025 : « Avec les outils publicitaires alimentés par l’IA, le focus a migré du ciblage de niche vers la diversification créative comme principal levier pour trouver les audiences pertinentes. »
Pourquoi le retargeting a perdu son avantage structurel
Pendant dix ans, la logique standard : prospection large pour acquérir, retargeting serré pour convertir. Cette mécanique tenait à deux conditions. La capacité à identifier précisément les visiteurs via le pixel et les cookies tiers. Et un algorithme qui valorisait les audiences chaudes parce qu’elles convertissent plus vite.
Les deux ont érodé en même temps. La pression réglementaire sur le tracking, renforcée par les décisions de la CNIL en 2023 et 2024 sur le consentement, a réduit la couverture des audiences de retargeting web. Sur des comptes e-commerce français en 2025, les audiences de visiteurs qualifiés ont souvent rétréci de 40 à 60% par rapport à 2021.
Ce que beaucoup n’ont pas encore intégré : Andromeda performe mieux avec de larges pools d’audiences parce que son système hiérarchique d’indexation a besoin de masse pour les inférences de matching créatif. Les données ScaledOn d’avril 2026, basées sur des clients actifs post-Andromeda, confirment que le broad targeting délivre 49% de ROAS supérieur comparé au lookalike. Un segment retargeting de 8 000 personnes n’offre pas assez de signal pour que le modèle optimise correctement.
Ça ne veut pas dire que le retargeting est mort. Les audiences d’engagement plateforme (vidéo views, interactions Instagram) restent exploitables parce qu’elles sont natives à l’écosystème Meta, sans dépendance au cookie. Le retargeting web pur a perdu son rapport coût/efficacité dans la majorité des verticaux.
La créa est devenue le nouveau ciblage : ce que ça implique concrètement
Si Andromeda matche l’annonce à l’utilisateur plutôt que l’inverse, augmenter le volume et la diversité créative revient directement à élargir le ciblage. C’est le changement le plus sous-estimé par les annonceurs francophones.
Les données post-Andromeda de ScaledOn donnent un seuil de référence : une structure avec 25 créas variantes par campagne génère 17% de conversions supplémentaires et réduit le coût de 16% par rapport à une structure fragmentée en multiples ad sets avec peu de créas. Les top performers sur Catalog Ads tournent avec 67 créas minimum actives.
Ce « volume créatif » ne signifie pas répéter le même visuel en changeant la couleur du bouton. Il s’agit de 15 à 50 approches genuinement différentes par ad set : formats distincts (statique, vidéo, UGC, carousel), longueurs de copy aux extrêmes opposées, angles psychologiques différents (urgence vs aspiration vs preuve sociale vs problème/solution).
La fatigue créative a par ailleurs accéléré. Avec Andromeda, le cycle de vie d’une créa est passé de 6-8 semaines à 2-4 semaines. Une équipe qui produit une créa par mois ne peut plus alimenter correctement l’algorithme. La production créative est devenue un avantage concurrentiel direct.
Ce que font différemment les campagnes qui performent encore
Trois comportements distinguent les comptes qui tiennent leurs métriques en 2026 de ceux qui voient leur CPA dériver.

La structure d’abord. Une seule campagne CBO (Advantage+ Campaign Budget) avec des ad sets larges ou Advantage+ Audience, plutôt que des campagnes segmentées par persona, par placement ou par température d’audience. Meta documente qu’Advantage+ coupe le CPA jusqu’à 32% en e-commerce et lead gen. Le seuil minimum pour sortir de la phase d’apprentissage reste 50 événements de conversion par semaine par ad set.
La créa ensuite. Rotation continue de concepts genuinement différents, sans ad set isolé par créa « pour voir ce qui performe ». Les tests créatifs se font dans le même ad set pour que l’algorithme distribue le budget selon la résonance mesurée.
La lecture des données enfin. Évaluer au niveau campagne, pas au niveau annonce individuelle. Andromeda produit ce que Meta appelle un breakdown effect : certaines annonces semblent sous-performer isolément mais empêchent en réalité d’autres d’atteindre des rendements décroissants. Pauser une annonce dès qu’elle passe sous un CPA cible au niveau créa individuelle casse souvent la logique de distribution de l’algorithme.
Les métriques qui trompent encore beaucoup d’annonceurs
Meta a modifié son modèle d’attribution standard en 2025 : la fenêtre « engaged view » est désormais intégrée par défaut, avec un seuil abaissé de 10 à 5 secondes de visualisation vidéo. Les conversions attribuées augmentent sans que les ventes réelles n’aient bougé.
Les revenus publicitaires Meta ont progressé de 22% en 2025 à 196 milliards de dollars (résultats annuels publiés en janvier 2026), portés par une augmentation de 18% des impressions au Q4. Plus d’impressions à prix légèrement croissant, c’est payer plus cher pour atteindre la même audience. Sauf si on élargit cette audience.
« Ad impressions delivered across our family of apps increased 18% year-over-year in the fourth quarter. » — Meta, Résultats Q4 2025, janvier 2026
L’autre écart à surveiller : le ROAS rapporté dans Ads Manager versus celui mesuré en données first-party. Cet écart s’est creusé avec la multiplication des fenêtres d’attribution engagées. Avant d’optimiser sur les chiffres Ads Manager, il faut vérifier leur corrélation avec les données réelles de caisse ou de CRM.
Ce qui ne récupérera pas avec un simple ajustement de budget
Certaines approches ne sont pas juste sous-optimales, elles travaillent contre l’algorithme. Les campagnes structurées autour du tunnel (TOFU/MOFU/BOFU séparés) fragmentent le signal d’apprentissage. Cibler « Yoga + femmes 25-34 + revenus supérieurs » donne à Andromeda une audience trop petite pour inférer correctement. La règle « on augmente le budget de 20% maximum » reste valide mais elle ne rattrape pas une architecture de compte conçue pour un algorithme 2019.
Les annonceurs qui s’en sortent le mieux ont accepté un paradoxe opérationnel : moins de contrôle manuel donné à l’algorithme produit plus de performance. La compétence n’a pas disparu. Elle a changé de terrain : production créative et lecture des données réelles plutôt que configuration des segments.
Le prochain test pour beaucoup d’annonceurs français ne sera pas de trouver la bonne audience. Ce sera de savoir si leur processus de production créative peut tenir le rythme que Meta impose désormais.
